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Le sentiment d'abandon

Le sentiment d'abandon

Avoir un handicap est souvent synonyme d'exclusion sociale, professionnelle ou personnelle. Lorsque le handicap est acquis au cours de la vie de la personne, le sentiment de solitude est d'autant plus fort car la personne va devoir remettre en question certaines activités qu'elle faisait avec plaisir. Son monde professionnel va parfois se retrouver brisé, sa vie personnelle perturbée. Le handicap n'est pas la cause de ce déséquilibre, car il est davantage lié aux représentations d'autrui autour du handicap que des difficiles en tant que telles, même si c'est parfois l'image de soi qui est perturbée.

Lorsque le handicap est présent depuis la naissance, la personne concernée, les parents, les proches ont appris a vivre avec. Ils ont construit des défenses, des protections face à ce monde ordinaire sans pitié. Mais ces protections sont parfois d'autant plus fragiles que la personne handicapée aura vécu une partie de sa vie dans le cocon protecteur de sa famille et c'est lorsqu'elle se retrouvera confronté au monde professionnel, à l'entrée en établissement de travail protégé ou adapté que le choc sera d'autant plus brutal.

Le sentiment d'abandon intervient également pour les personnes qui se retrouvent confrontés à leurs proches qui en viennent à décider pour eux, c'est notamment le cas pour les hospitalisations d'office, les mises sous tutelle. Ou ce sentiment d'abandon est parfois proche d'un sentiment de trahison. Ce n'est plus seulement les représentations qui sont brisées, mais également le sentiment de confiance.

Vivre dans un cocon protecteur est nécessaire parfois pour apprendre à vivre, mais ce même cocon sera d'autant plus résistant s'il est construit autour des expériences positives et négatives issues de l'interaction avec le monde ordinaire. Ces questionnements sont essentiels lorsque l'on travaille avec des personnes en situation de fragilité. Car on travaille parfois dans la sphère de l'intime, mais ce n'est pas seulement l'intimité corporelle qui est prégnante, même si elle est fondamentale, c'est également ce qui a trait à la sphère de l'intimité sociale ou morale.

D'où les questions suivantes : "comment respecter sans prendre en pitié, comment respecter sans brusquer ? Comment protéger sans infantiliser ?

C'est une question d'équilibre, le secteur de la prise en charge et de l'accompagnement des situations de handicap est en perpetuel recherche d'équilibre, c'est le travail social qui est conçu comme cela. Il est construit pour apporter des réponses, des adaptations et emmener à des remises en question qui doivent être adaptées à chaque personne, chaque situation. Ce qui complique les choses lorsque l'on se retrouve dans un monde avec une telle concurrence de pratiques et de prises en charge, une telle diversité d'institutions qui ont du  mal à fonctionner ensemble.

Le sentiment d'abandon ne concerne alors pas seulement les individus fragiles, mais également les institutions, les établissements... les acteurs et les médiateurs.

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À propos
Jérôme Jouret

Jérôme Jouret est doctorant en sociologie sous la codirection d’Emmanuelle Leclercq et Florence Legendre. Il est, titulaire d’un master de science de l’éducation, orientation pratique et ingénierie de la formation dans un parcours Handicap et Besoin Éducatif Particulier, d’une maîtrise en psychopathologie et d’une licence en psychologie. Il a réalisé son mémoire de master sur le thème des besoins de formation des travailleurs d’ESAT en Champagne Ardennes sous la direction de Florence Legendre et en partenariat avec l’UNIFAF Châlons en Champagne.
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